Jo Ruffier des Aimes
Son nom ne vous dira sans doute rien. Sauf si. Sauf si on vous parle des Négresses Vertes, dont il fut naguère membre sous le pseudo de Jo Roz. C’est quand même lui qui a coécrit l’album Famille nombreuse et a travaillé sur les arrangements de Mlah. Rien que ça l’inscrit à nos oreilles dans la grande anthologie d’une chanson-rock mâtinée de plein d’autres choses encore, d’adjuvants sonores, de cultures mêlées. Après les Négresses Vertes, il fonde des collectifs : Tarace Boulba, école vivante s’il en est, puis Roger, fort d’une trentaine de musiciens, qui, tourne dans le Sud de la France.
Jamais rassasié, Jo se lance désormais en solo dans un style qui lui ressemble assez, à savoir qui ne ressemble à rien. Que chacun peut librement revendiquer et ramener à sa chapelle musicale. Même les nostalgiques de rockabilly trouveront Jo à leur pied, c’est dire. Avec sa tronche, il détrônera vite Dick Rivers de l’iconographie rock. On lui trouvera surement, avec précision et justesse, parenté avec le funk et le soul, le blues, le reggae et d’autres genres encore… Lui fait de sa musique le carrefour des influences, des envies. Lui est tant à Dakar qu’à Memphis, à Kingston qu’à Paris.
Dit comme ça, on pourra croire que Jo Ruffier des Aimes n’est que musique(s). C’est en effet le premier et imposant trousseau de clefs de son univers. Reste qu’il a le goût de remplir ses rythmes de paroles plutôt bien troussées qu’il faut, c’est vrai, chercher derrière les musiques, un peu en retrait. Reste que c’est souvent savoureux, bien écrit : « C’est la fin d’une épopée qui a dégénéré / Civilisation qui a des prétentions / Je connais le malheur / Je couche avec sa sœur / Un vrai cauchemar / Lever tôt coucher tard… ». C’est en majorité dans la langue de chez nous, parfois dans celle des States. Les mots font égale sonorité, réelle parité.
Maintenant que le rock hexagonal est orphelin de son idole, on va peut-être enfin chercher où il se trouve, à dénicher les talents, les reconnaître. D’autant que celui-ci, Jo Ruffier des Aimes, n’est pas le servile obligé de l’anglo-saxon, qu’il puisse sa source en plein d’autres origines, désirs et plaisirs, en d’autres continents. Il nous apparait comme un crooner-rocker tribal, secoué bien comme il faut, riche de multiples additions. Et tant pis s’il aime tromper son monde en titrant son album Fragile. Lui semble être un roc sur lequel pousse des épices.
Ruffier des Aimes est un vrai plaisir à écouter sur disque même s’il est évident que son art appelle une scène qui, on le sait, lui est coutumière.
Jo Ruffier des Aimes, Fragile, [Pias] 2018.

Dans son bocal, le Poisson rouge tourne en rond, oubliant au fur et mesure ce qu’il a su avant. Yannick et Thierry, eux, ont tout retenu de leur histoire commune dans la compagnie Malabar, où ils étaient respectivement performer-comédien et musicien, de toutes leurs expériences communes et personnelles, improbables ou non, et de tout ce qu’ils ont entendu. En 2017, ils créent le duo Poisson rouge et sortent la tête de l’eau dès avril pour une quinzaine de représentations au Kédez à Sommières en première partie des Naufragés, à la Verrerie à Alès, ou encore à la Villa Duflot à Perpignan. Sur scène, Yannick (percussions, voix, sampler…) se fond dans les rôles et les personnages qui naissent de cette musique iconoclaste et généreuse où les vagues électro, funk, rock, ethniques ou trad vont et viennent au gré des humeurs de Thierry et de sa guitare. Les styles se mêlent et s’emmêlent pour donner à entendre une musique à la fois riche et légère, dansante et envoûtante, faite de créations originales et de reprises. Poisson rouge nous invite inexorablement à plonger dans son univers aux multiples facettes, invitant Sid Vicious, Miles Davis, Oum Kalthoum, James Brown et Soprano à rejoindre le même pogo, ou la «chicken dance».